Zones isolées : Couverture fixe via la 4G au lieu de la fibre optique, qu’est-ce que ça change ?

Par Laurent BOLNET, Cyrille EECKMAN, Julien PECHMEZAC et Valerio NATTA, Juin 2018


« Il ne faut pas mentir aux gens […] On ne mettra pas la fibre partout jusqu’au dernier kilomètre dans le dernier hameau  […]  il faudra des années, parfois des décennies  […] Une solution mixte où on marie la fibre et les innovations technologiques qui permettent d’avoir la 4G à bon niveau partout, ça, on sait le faire. Et c’est ça la solution »

L’annonce faite par Emmanuel Macron au début de l’été 2017 a suscité beaucoup de réactions. Elle a été prononcée dans le cadre du plan visant à couvrir la totalité de la population française en réseau fixe très haut débit d’ici 2022.

Beijaflore, cabinet de conseil en management des systèmes d’information, a prouvé son expertise dans le domaine des déploiements fixe et mobile au cours de ces dernières années, que ce soit pour les opérateurs de télécommunications ou pour ses clients grands comptes. Ses consultants ont été amenés à répondre à tout type de problématiques et freins associés à de tels déploiements.

Dans les zones isolées, ces contraintes sont plus particulièrement pénalisantes. La faible densité de point de raccordement backbone implique des déploiements lourds notamment en termes de génie civil. C’est un des postes de coûts le plus important estimé à environ 100€ le mètre. De plus, les nombreuses tranchées à creuser pour installer les câbles de fibre impliquent de lourdes procédures administratives, très chronophages (autorisations de mairies et les droits de passage à obtenir).

Toutes ces contraintes impactent directement le business plan d’entreprises. Dans le contexte concurrentiel actuel, les opérateurs se livrent à une course acharnée à la couverture fixe et mobile. Les plannings de déploiement se doivent être les plus optimisés possibles, et le respect de ceux-ci sont un enjeu autant économique que politique.

Quand on parle de zones isolées en France, il faut savoir que cela concerne plus de 7 millions de foyers et locaux professionnels, qui disposent d’un accès internet fixe inférieur à 8 Mbit/s. Pour 3 millions d’entre eux, le débit ne dépasse pas la barre des 3 Mbit/s et le déploiement THD (Très Haut Débit : supérieur à 30Mbit/s) n’est pas envisagé à court terme.

Pour faire face à cette situation, une nouvelle solution de connectivité fixe a fait l’objet d’une phase de test en France et une consultation a été lancée par l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) pour favoriser les déploiements. Il s’agit du projet RTTH (Radio To The Home) en alternative au FTTH (Fiber To The Home). Cette nouvelle solution consiste à installer une antenne – à spectre de fréquences différentes de l’utilisation mobile – sur le toit du foyer pour se connecter au réseau mobile 4G et ainsi connecter la box du client. Au final, la qualité et la stabilité de service offerte est proche de celle de la fibre.

Mais ce projet RTTH rencontre une résistance aussi bien du côté politique que des spécialistes. Certains parlent d’une inégalité de service entre les zones urbaines et les zones rurales, quand d’autres y voient le meilleur moyen d’atteindre d’ici 2022 les objectifs en termes de couverture.

A noter que des solutions de box connectées au réseau 4G, appelés “4G box », sont déjà commercialisées par les opérateurs. Celles-ci partagent le réseau avec les utilisateurs mobiles, ce qui ne permet pas de fournir une qualité de service comparable au RTTH.

Dans tous les cas, même si cette nouvelle solution RTTH pourrait accélérer l’accès au THD, la FIRIP (Fédération des Industriels des Réseaux d’Initiative Publique) estime qu’à terme, 1,2 millions de foyer n’auront toujours accès ni à la fibre ni au RTTH. Mais le besoin existe, et certains villages isolés n’ont pas attendu les actions de l’état et des opérateurs pour s’équiper en THD. C’est le cas de Viviers dans le Rhône-Alpes qui a décidé de déployer son propre réseau FTTH et de se déclarer auprès de l’ARCEP comme un opérateur. D’un autre côté, des départements comme la Seine et Marne ont conclu des contrats avec NomoTech pour le déploiement du RTTH, et des offres sont déjà disponibles depuis l’automne dernier et se déploient plus largement depuis ce printemps.

 

Etude de cas : gérer des besoins divergents d’entreprise

Prenons le cas de 3 situations professionnelles distinctes qui permettent de révéler les divergences de besoin en matière de connexion et l’impact de la localisation dans le choix de la solution à adopter.

Dans le premier cas, un employé travaille depuis chez lui et accède au réseau et aux outils de son entreprise via un VPN. Son utilisation se limite à des applications basiques de travail (Office 365 ainsi que des applications professionnelles ne nécessitant pas de gros débit). La typologie de la zone où il habite permet une bonne propagation des ondes 4G de l’antenne RTTH installée non loin et lui permet d’accéder à un internet THD de 30 Mbps. En partant de l’hypothèse que le site technique le plus proche de l’opérateur (POP) se situe à 25km, cette antenne RTTH a pu être déployée en 12 mois et a coûté 65 k€ (ce prix comprend les études fréquentielles, les autorisations, le déploiement fibre de l’antenne, l’installation de celle-ci ainsi que la location de l’emplacement). Un raccordement FTTH aurait coûté quant à lui près de 8 fois plus cher et aurait pris 2 fois plus de temps. Il aurait permis ici une qualité de service supérieure et des débits de 100 Mbps or dans le cas présent, cet employé n’en aurait pas eu la pleine utilité. Le RTTH est la bonne solution : moins onéreux et mieux adapté à la consommation.

Dans le deuxième cas, il s’agit d’une PME située dans la même ville que l’employé du 1er cas.  Les connexions simultanées des employés, les échanges et stockages de données ainsi que les outils de vidéoconférence nécessitent des débits de connexion plus importants. Le raccordement FTTH pour cette entreprise semble s’imposer et permettrait de subvenir à ses besoins, il serait de même pour un petit site d’un grand compte localisé dans cette même ville.

Dans le troisième cas, un artisan d’un village de montagne voudrait pouvoir envoyer des devis et utiliser un outil de comptabilité en mode SaaS. Son besoin de débit se limite à 30 Mbps. La 4G n’est pas déployée au cœur du village, tout comme la fibre FTTH. Or couvrir cette zone difficile d’accès en fibre se révélerait compliqué voire impossible. En effet, le déploiement FTTH y est extrêmement lent et coûteux. Dans ce cas présent, la solution RTTH pourrait rendre possible l’accès au THD via la couverture par voie radio sur le dernier kilomètre et ainsi permettre à l’artisan une connexion répondant à ses besoins.

Sur la base des projections imaginées pour ces trois situations, nous pouvons constater que les avantages du déploiement du RTTH dépendent de la typologie du terrain et l’usage des abonnés. Globalement l’utilisation de la 4G à la place du FTTH dans les zones isolées est beaucoup moins coûteuse et plus rapide à déployer, ce qui constitue une vraie alternative lorsque celle-ci est accessible. Ce qu’il est important d’avoir en tête c’est que la 4G a une marge de progression plus large par rapport à la fibre du fait de sa récente mise en place, et que l’arrivée de la 5G réduira à plus long terme cet écart de qualité de service, comme le montrent les premières expérimentations.

La 4G nous paraît donc être une solution très correcte capable de remplir les objectifs de 2022 et être utilisée comme alternative à la FTTH en zone isolée. Sur le plus long terme et dans une optique de déploiement massif, nous pensons que les deux technologies pourront se partager le marché et permettront ensemble de répondre de manière complémentaire aux besoins croissants de tous les usagers.

Beijaflore, de par son expertise saura accompagner les entreprises sur toutes les phases du déploiement, depuis le choix de la technologie à utiliser jusqu’à sa mise en service.